Mise à nu(e)

Au fil des mois, j’observais les changements progressifs de son corps qui devenait de plus en plus féminin.

Petit à petit il fallait que j’intègre sa nouvelle identité.

Olivia, ma tante, naissait.

Elle laissait derrière elle son enveloppe d’Olivier, mon oncle.

"Le 20 novembre 2007, je me suis réveillée d'une longue nuit. J'étais vivante... J'atteignais enfin l'autre rive, là où commencent des terres qui m'étaient jusqu'ici inconnues. Qu'il aura été long le chemin pour arriver jusqu'à moi..."

"Quand je me vois dans le grand miroir du salon

je n'en reviens pas. Je me trouve belle,

vraiment femme (...) C'est si simple d'être bien, d'être soi"

"J'étais de l'autre genre. Du genre féminin... Et pour le vivre il fallait que je sois reconnue comme femme. Il fallait que je le devienne. Je devais passer d'un physique à l'autre pour vivre mon genre. Et non d'un genre à l'autre"

"Quand tu as ouvert une porte et que tu as vu ce qu'il y a derrière, ce ne sera jamais plus comme avant, maintenant je savais que j'étais moi-même"

"Lorsque je regardais ma soeur se maquiller

c'est moi qui me maquillais, son geste était le mien.

Le crayon était sur mon oeil, le fard sur mes paupières"

"Ce n'est pas l'enveloppe qui est importante,

c'est l'être qui l'habite"

"Une trans ce n'est pas un homme qui prend le corps d'une femme, mais une femme qui retrouve un corps de femme"

"Je me rappelle les soirs où en m'endormant, dans un demi rêve,

je m'imaginais dans un corps de femme, vivant des aventures extraordinaires,

érotiques, dangereuses drôles, jusqu'à m'endormir en me disant

que peut-être par magie, je me réveillerais dans ce corps entrevu.

Femme...enfin ! Définitivement"

"J'ai tout à reconstruire sur des bases nouvelles. J'ai traversé la rivière et je découvre des terres inconnues. Je suis une femme sans savoir ce que c'est que de l'être. Je n'ai pas eu l'enfance et l'adolescence pour le savoir"

"Je suis une femme avec 50 ans de retard.

Quelle va être ma vie maintenant ?

Elle commence à l'âge où pour d'autres elle s'assombrit"

"Je suis sur l'autre rive, enfin... Enfin moi !...

Je suis cette femme que je vois, qui est belle,

qui peut regarder ses cuisses sans fermer les yeux.

Et puis je me regarde, plus je suis envahie d'un bonheur qui vient de loin,

de si loin, et qui est en train d'éclater"

"Mais au fond, au plus profond de mon être, dans tout les replis de mon cerveau,

dans le noir de ma conscience, je sais que c'est irréversible, je SAIS...

Aucune force, aucun mot, aucune menace, aucun chantage,

rien ne pourra se mettre en travers.

Emmène-moi ! Vos l'inconnu, vers moi-même"

"D'un corps à l'autre' d'Olivia Chaumont, éditions Robert Laffont, 2013